Mercredi 25 janvier 2012
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Et une nouvelle introspection écrite sur le pouce hier : saurez-vous deviner quels personnages sont en scène ?
Première note.
Tambourins et cymbales retentissent... que dis-je ! Eclatent de toute leur puissance. Un sourire retrousse mes
lèvres quand je presse ma compagne sur scène. Elle comprend que notre danse suscitera bien des commentaires jaloux, ce soir, mais ses prunelles vertes brillent de défi. Le rythme des tambours
enivre nos convives, qui se tordent sur cet hymne de passion, frappent leurs mains et se cambrent, se transcendent, virevoltent et oublient leurs rangs pour se donner avec fougue.
Une délicieuse métaphore me revient en mémoire : nous ne dansons pas, nous autres Inferiens, nous faisons l’amour
au rythme des saccades et des arabesques, nos yeux rivés sur notre partenaire, nos bassins unis, nos mains crochetées sur une hanche, une nuque ou une chevelure entremêlée de résille. Dans une
harmonie de corps entrelacés, nous entamons une ode sensuelle dont nous sommes seuls maîtres.
Heurté par ces percussions, je plonge dans mon propre monde, fait de musiques et résonnances cathartiques, où
plus rien ne paraît exister, hormis ces sons salvateurs ; mes yeux se ferment par habitude. Tout devient simple ! Se courber en cadence, glisser telle un écharpe de soie, leste et brûlante, se
laisser brinbaler par des tambourinements qui pulsent, encore et encore, sur un rythme entêtant... Une abysse musicale referme ses rets sur moi. Je saisis alors mon épouse et lui permet de
partager un bref instant ma symphonie, nos pas coulent, ondoient, serpentent et se mêlent sans fausse note. Elle savoure et s'abreuve de ces moments intimes ; elle comprend.
Autour de nous, la musique atteint son paroxysme et devient une maîtresse capricieuse ; insatiable, elle nous
demande davantage de concentration, de passion, de vigueur. Soit.
Je souris en plaquant ma partenaire contre moi, pour ensuite saisir sa cuisse et tournoyer toujours plus. Nos
bassins se frôlent, son excitation monte tant que ses pupilles se dilatent et semblent me dévorer par avance ; une délicate rougeur envahit ses joues au moment où je titille de ma langue ses
lèvres entrouvertes ; pas un instant nous ne cessons nos voltes sensuelles, si rapides désormais que nous évoquons deux flammeroles ondoyant dans un océan de soieries.
Nouvel instrument. Rabâb.
Les musiciens frappent férocement la membrane de leurs dabourkas et leurs voix graves accompagnent ces vagues de sons ardents, qui me submergent toujours davantage et me noient dans une ivresse
de chaque instant.
Nos mouvements restent fluides, mais une flamme passionnelle embrase nos veines.
Je bascule une seconde fois. Les notes emplissent mon être. Me poussent vers une chorégraphie plus fiévreuse,
vers une communion plus intense. Ma compagne ne me déçoit pas, bien sûr. Elle tourbillonne avec moi dans ce torrent de vibrations, domine ce déchaînement avec une maestria remarquable ; sa robe
bruisse et tournoie, superbe cataracte d'embruns soyeux. Alors, mes doigts touchent la résille qui maintient sa coiffure en place et tirent dessus pour libérer la cascade de ses cheveux ondulés ;
ses mèches éclaboussent mes phalanges, coulent sur ma main en une myriade de ruisselets blonds.
Cette fois, je danse pour elle, honore sa beauté et sa grâce, au souvenir de nos unions brûlantes. Au souvenir de
son corps nu. Au souvenir de sa cambrure somptueuse. Au souvenir de mon propre plaisir. Je danse nos étreintes et nos soupirs. Elle devine, et sa respiration devient haletante.
Là, elle me pardonne tout et oublie nos querelles : bientôt, quand elle se dénudera, quand je la renverserai
sur notre couche et unirai nos corps dans un basculement de reins, quand nous entamerons une toute autre musique, charnelle et gourmande, elle saura que je lui appartiens, en dépit de
tout.
Dernière note.
Je la serre dans mes bras. Puis nous nous contemplons, sans avoir à prononcer une parole tant nos frissons de
plaisir anticipé sont éloquents. Je souris encore. La nuit regorge de promesses.